samedi 16 décembre 2017

De la moumoute communiste dans l'espace

Faire la couverture d'un magazine d'architecture est toujours bon signe.
C'est ce que réussit à faire cette antenne qui est aussi un hôtel :






































La revue Bâtir donne toute sa chance à cette antenne située en Tchécoslovaquie. Comme je vais vous donner l'ensemble de l'article, je ne m'étendrai pas sur les qualités techniques et architecturales de ce morceau assez incroyable ! Par contre, ce que ne fait pas cet article c'est vous montrer l'intérieur de cet hôtel de Jested dont, pour le moins, on peut dire qu'il osait une certaine modernité !


































On pourrait même évoquer un kitch que seul l'appartement de Barbarella pourrait concurrencer. En effet, il s'agit d'une débauche de chrome, de cuir blanc, de moquettes épaisses, de tapisseries colorées comme sans doute encore à cette époque, les Pays de l'Est, dans une démesure mettant à l'épreuve leur désir d'être dans le coup, pouvaient réaliser. Le clou du spectacle de ce design rétro-futuriste-communiste étant des siège suspendus au plafond et couverts d'une moumoute blanche imitant au choix le cocon ou l'œuf d'autruche encollé de ses plumes.























































On imagine bien la belle surprise de monter là-haut en voyant grandir le cône immense dressé vers le ciel, puis, entrant à l'intérieur se croire soudainement dans une film science-fiction de série Z, sorte de vaisseau spatial prêt à décoller ! Qui venaient là à cette époque ? Qui pour fumer une cigarette, enfoncé dans un siège mouvant risquant de prendre feu au contact d'un mégot mal éteint ? Qui pour déguster sous un lampadaire de tubes d'aluminium brossé un repas servi à cette altitude ? Sans doute des touristes et des aparatchiks du Parti.






































Rêvons qu'il soit encore possible de participer à cet événement architectural et de croire un instant, en haut de la montagne, que nous sommes en plein vol intersidéral en étant inter...sidérés !
Voici une dernière carte postale nous montrant, à la nuit tombante, l'antenne-hôtel devenir sous les effets des lumière un vaisseau spatial prêt au décollage !









 
 



mardi 12 décembre 2017

Jacques Beufé bluffant, électrique et flottant


Une petite carte bien normale, presque banale d'une petite cité.
On pourrait depuis ce point de vue se réjouir déjà du dessin simple des façades dont l'essentiel tient dans des ouvertures généreuses encaissées et un lien au sol fait de pilotis blancs qui ne libèrent pas le rez-de-chaussée mais permettent un traitement de celui-ci comme un socle. Le peu de hauteur, la modestie de chaque bloc répété sur un terrain arboré en parc, tout cela nous rappelle d'autres expériences comme les Buffets à Fontenay-aux-roses par exemple.
Mais où sommes-nous ?
Nous sommes dans la Résidence E.D.F à Vaires-sur-Marne. La carte postale Raymon, collection MOREL est éditée en Bromocolor et on comprend qu'il s'agit surtout d'un cliché noir et blanc largement colorié. Tout devient doux, grisé par la photographie dessous.
Alors quoi ?
Pourquoi donc évoquer cette petite résidence qui ne démérite pas mais qui pourtant n'est pas très spectaculaire ? Justement aussi pour cela, pour raconter que la bonne architecture, celle dans laquelle on habite n'est pas toujours faite de bidules audacieux mais aussi d'espaces bien sentis, de franchises simples et d'une économie visuelle qui souvent cachent une belle intelligence.


Et ici, l'ensemble est dessiné par un architecte bien curieux : Jacques Beufé.
Jacques Beufé, les aficionados du modulaire, du plastique, de l'habitation expérimentale, le connaissent surtout pour ça :


Mais comme pour Jean-Benjamin Maneval dont le nom ne brille plus que par la Bulle six coques, on oublie souvent que ces architectes ont aussi eu une production bien différente de logements collectifs. On reviendra sur Monsieur Maneval plus tard. Ce phénomène d'occultation d'une partie de l'œuvre est la conséquence de notre époque encline à croire que l'utopie d'une époque passée est l'essentiel du besoin d'une période, qu'elle en fait l'image et même finalement la réalité. Le risque étant de dévaluer le reste de la production d'un architecte qui souvent, avant de rêver à des illusions dans l'air du temps a produit une architecture plus consensuelle mais aussi sans doute finalement bien plus habitable, réaliste, architecturale en somme.
Je vous donne donc ici d'abord des extraits de la revue Techniques et architecture datée de 1971. On notera le même vocabulaire que pour la Bulle six coques de Jean-Benjamin Maneval c'est-à-dire une mobilité, une modularité, un coût faible (eh oui...), une esthétique de coquille organique mais ayant surtout des formes simples pour le moulage industriel et aussi un désir d'un dessin fort mais venant s'intégrer dans le paysage par, non pas un camouflage, mais une sorte d'accord sur les sources des formes toujours tirées avantageusement de la... Nature... Il faut dire que cela a une sacrée gueule comme dirait le chanteur et que, comme le reste de ce type de production... cela a échoué.









Et voici un article paru cette fois dans l'Architecture d'Aujourd'hui qui est totalement similaire pour l'écrit. On notera que Jacques Beufé est ici associé à J.P. Lewerer, B. Gilet, M. Menager. On notera que le numéro de cette revue est bourré d'expérimentations du même ordre ayant toutes en quelque sorte échouées. Il faut croire qu'aujourd'hui ce n'est plus l'architecture que l'on veut préfabriquer et industrialiser mais bien le merveilleux esprit des pavillonneurs et des lotisseurs. Les dernières lignes de l'article semblent aujourd'hui impossibles à défendre, pourtant les camping-cars et les mobile-homes, tous plus moches les uns que les autres polluent nos paysages sans vergogne. À qui la faute ?
Alors, au moment où un regain d'intérêt pour ce type de production rétro-futur voit le jour, où le Vintage viendra sans doute sauver les utopies flottantes de Monsieur Beufé, qui se préoccupera du reste de son œuvre, de son désir de préfabrication aussi pour le béton et pour le logement social ? La résurrection de Jacques Beufé ne passera-t-elle que par sa production Pop qui est bien sympathique mais tellement exclusive ou passera aussi par son énergie à donner à tous, un logement digne ailleurs que sur les pontons herbeux de petits lacs ensauvagés ? L'histoire de l'architecture contemporaine devra faire le tri, espérons que ce tri sera généreux. Pour info, la Cité E.D.F de Vaires-sur-Marne existe toujours presque à l'identique. Qui ira en safari la voir ? Qui ? Et qui la défendra si nécessaire ?








mardi 5 décembre 2017

Punir la Tour Montparnasse






































Je ne sais pas pourquoi mais, immédiatement, à l'annonce de la mort de Jean d'Ormesson, je pense à la Tour Montparnasse et à sa requalification
Sans doute que je vois la mort de l'écrivain comme la preuve maintenant de la disparition de cette génération, de celle au pouvoir au moment de la construction de la Tour Montparnasse si haïe par la génération suivante mais aussi, étrangement, par la génération conservatrice de l'époque.
Rarement une construction se voulant moderne, affichant sa solitude, sa présence colorée, son implantation et aussi son ordre urbain n'a été aussi détestée. Même le Centre Pompidou n'a pas subi autant de haine car, il avait déjà pour lui à l'époque, une fonction particulière dont la foule s'empara immédiatement.
Alors les reproches que l'on fit à la Tour Montparnasse aurait bien dû être justement ce que nous aurions pu protéger et défendre. D'abord son isolement, son érection soudaine, violente, sans concurrence dans ce quartier de Paris faisant de la Tour Montparnasse une figure debout, éprouvant le Vieux Paris, l'éreintant sans cesse et c'est tant mieux. Ce monolithe froid qui impose au sol son indifférence au monde est l'image même de la politique urbaine de l'époque, déjà, en ce sens, c'est un patrimoine. Cet échec relatif qui fut bien souvent l'un des arguments pour une accusation rapide est pourtant exactement ce qui en fait sa place dans l'histoire. Le socle prétentieux d'une politique de la ville menée par des hommes en costumes dans des berlines Citroën. On imagine toujours la Tour Montparnasse comme la volonté d'agents immobiliers mystérieux, amis des politiques de l'époque, agissant dans l'ombre des Cabinets ministériels, comme dans un mauvais film politique des années 70 avec Alain Delon ou Yves Montand selon les orientations politiques du réalisateur. Cette ombre portée sur Paris, la surface glaçante du matériau formant la peau de verre de la Tour, verre fumé, opaque, ajoutant encore à cette violence politique est un monument à la Fiction en fait.
Mais on pourrait aussi souligner l'importance d'une telle verticale dans le tapis de la ville. Il faut des droites qui montent sur un sol trop étendu et trop blanc, nous disait Alvar Aalto. Paris est blanche des pierres et des reflets des zincs des toits. Il lui fallait une résonance, un menhir granitique, une antenne magnétique, il nous fallait équilibrer trop de netteté, trop de justesse, trop d'égalité. La Tour Montparnasse c'était le Dark Vador de Paris, casquée, troublante, offrant le désir de l'arpenter en sachant en quelque sorte qu'on cédait trop facilement au côté obscur, tout en haut, à juger de la Ville.
Alors, comme le vent tourne bien fort en haut, il a fallu punir la Tour Montparnasse, punir ceux qui l'ont posée là. C'est bien ce que la requalification future de la Tour Montparnasse prouve. Il s'agit avant tout d'une punition.
Facile d'imaginer comment on fabrique cette punition. D'abord il faut être radical et éteindre complétement le noir. Il faut faire transparent car transparence est aussi un mot de la communication politique qui devra par le matériau même de la façade raconter la démocratie, l'ouverture, une forme morale face aux engagements des nouveaux dirigeants de la Ville de Paris. Et puis, transparence a toujours été associée à l'histoire de la Modernité en architecture, c'est toujours faire signe d'une égalité entre ceux qui décident et ceux qui subissent, une manière violente d'interdire complètement la contradiction.  

"Parmi les gestes les plus manifestes de la Nouvelle AOM: l'abandon du terrible verre noir qui emballait l'immeuble, troqué contre une double peau transparente."*

"On espère que le rendu final sera aussi cristallin que sa représentation en maquette."*

Vous voyez tout, vous n'avez donc aucune raison de nous contredire. Ne pas arrêter le regard, c'est donc interdire la parole. La nouvelle Tour Montparnasse se voudra donc transparente, du moins c'est ce qui va être tenté et raconté, on ne connaît que trop bien comment l'épaisseur d'un volume éteint toujours ce jour, comment en fait, à vouloir faire un fantôme disparaissant dans l'éther du ciel, on façonne d'abord un bloc atonal sans aucune force. Et éradiquer la masse de cette Tour, en retirer la force sombre c'est, de fait, renoncer à sa première et grande qualité, à l'un des plus beaux gestes de ses architectes, c'est comme un bombardement ouvrant sur le mystère de son contenu. C'est l'échec d'une compréhension, d'une perception de cette Tour dans la Ville. C'est surtout stratégique. C'est avoir compris que c'était là son plus grand reproche (reproche politique) et offrir exactement l'attendu communicationnel. Ce n'est donc pas, non, ce n'est pas un acte architectural, c'est un renoncement de l'histoire car son histoire tout entière tenait dans cette expression terrible verre noir. Et nous aimons ici l'architecture quand elle est terrible, présente, puissante, c'est-à-dire quand elle existe. Aujourd'hui on interdit les verres fumés sur les automobiles, c'est le même geste ici. La transparence est devenue la police, la transparence est devenue la morale gentille, bien pensante.

"... percé de plusieurs patios pour révéler l'ancrage au sol bâtiment, ce nouveau socle permettra d'enrichir son programme pour accueillir demain des visiteurs de passage et des touristes. *

Pour punir encore mieux, on remodèlera le niveau piétonnier, comme pour donner l'illusion d'un attachement au piéton de Paris, figure quasi-héroïque de cette Ville. Le piéton, celui qui lève ou non le nez doit enfin se sentir aimé, accepté, choyé par l'architecture. Il doit "ne plus avoir peur", ne plus s'ennuyer sur le trottoir, ne plus s'interroger sur la réalité d'un mur infini qui le domine. Le piéton est juge, il faut que l'architecture vienne mourir à ses pieds, il sera l'échelle, en fait, il sera surtout le CLIENT.
Il faut qu'il entre... qu'il consomme. Les patios sont des appâts.
Et puis, il faut bien redessiner, reformer et boursoufler quelque part pour faire acte d'architecture, ajouter surtout de la surface commerciale, car, il s'agit avant tout d'un éternel retour sur investissement.
Mais il faut aussi faire semblant. Faire semblant de quoi ? Faire semblant d'être attentif à l'héritage et offrir une perception visuelle à cette économie. Pour cela, il suffit de laisser croire que l'on touche peu, que l'on intervient avec délicatesse en donnant le signe d'une silhouette maintenue. L'équipe a donc l'argument qui tue : elle n'a pas touché au dessin du profil de la Tour ! Formidable leçon retenue là aussi de l'image en architecture, on reconnaît ici les arguments retenus par exemple pour Toulouse-le Mirail. Juste assez d'arguments de respect pour s'autoriser au massacre. La démagogie communicationnelle à son degré le plus haut, le plus chic, le plus jeune...
La jeunesse d'une équipe comme preuve d'une attention...
Et voyez-vous, Ils aiment la Tour Montparnasse ! Ben voyons ! Je t'aime, je te tue.

"Parce que, contrairement à bon nombre de Parisiens, "ils aiment la tour Montparnasse", avoue Mathurin Hardel, la proposition de la Nouvelle AOM préserve l'image iconique de l'immeuble et son double galbe."*

"Elle permettra aussi la récupération des eaux de pluie et, puisque c'est désormais une figure imposée dans le ciel parisien, le développement de l'agriculture urbaine."*

Alors viendra pour couronner le tout et surtout pour couronner la Tour, une sorte de chapeau, de serre, de jardinerie de chez Leclerc, posée là, atterrie là, comme arrachée d'une zone commerciale de province pour nous faire croire (mais vraiment à qui ?) à une Tour écologique et éco-responsable. Quand le clin d'œil à la politique actuelle de la Ville atteint ce degré d'asservissement politique par de jeunes architectes, on est certain d'atteindre là un point culminant de non-retour et bientôt on verra Monsieur Vincent Callebaut devenir l'architecte officiel de la Ville de Paris. On notera dans l'argumentaire, la figure imposée... Mais imposée par qui ? Et comment appelle-t-on celui qui décide simplement de suivre ce qui est imposé ? Un architecte ?
Je suis de ceux qui sont certains que maintenant la politique patrimoniale sur les constructions apparues après 1945 est inexistante à Paris et en Ile-de-France. Partout, les signes de cette histoire sont bafoués, éteints et étouffés. Partout règne une forme particulière de communication architecturale mêlant propos publicitaires et politiques à une incompréhension des enjeux patrimoniaux mais surtout un cynisme ambiant qui cherche dans les arguments d'une écologie de bazar et de bons sentiments à éradiquer un héritage, non pas sur des arguments réels de sécurité (amiante) mais bien pour effacer l'affront de l'histoire d'avoir su, à une époque, construire une architecture moderne, c'est-à-dire, oui, essentiellement classique. La ruine de l'école d'Architecture de Nanterre, son état de décrépitude est le signe parfait de ce nouvel ordre moral et architectural, celui d'un "en même temps" qui veut dire "surtout plus maintenant". La Nouvelle AOM en fait n'a rien de nouvelle, elle est conservatrice, conservatrice de la novlang de ce jour, elle a reçu la leçon d'un Seguela au biberon. La France tranquille, une architecture tranquillisante. Faire d'abord un discours, utiliser les mots et bâtir dessus une coquille, une carrosserie. Elle est fille de cette politique, elle en offre l'image d'aujourd'hui : transparente, si transparente. On pourrait dire diaphane.

Je vous donne tout de même quelques cartes postales prouvant la puissance troublante et sombre de cette très belle architecture. Pour ma part, et à la différence de l'article de AMC*, bien complaisant de Margaux Darrieus avec les architectes de la Nouvelle AOM, je nomme les architectes de la seule vraie Tour Montparnasse, je ne veux pas que, eux, on les oublie. Je les remercie pour les joies, les sensations, la présence de leur beau monolithe qui va bel et bien disparaître à jamais. Merci Messieurs Arretche, Beaudouin, Cassan, Dubuisson, de Hoym, de Marien, Lopez, Saubot, Warnery. Que vos grands noms comme une ombre puissante viennent un jour, à nouveau, écraser ce Paris pourrissant et olympique.

D'abord trois cartes postales par le photographe Albert Monier, grand arpenteur de Paris, qui ici nous offre bien les grandes qualités de son travail photographique. On notera que Albert Monier, habitué à un Paris plus traditionnel, celui des clochards en bord de Seine et d'un pittoresque pour touristes n'hésite pas à regarder ce beau monument et aussi à l'aimer.
Cette édition par Cap-Théojac est en Mexichrome et nous montre la Tour Montparnasse surplombant son quartier. Mais depuis quel point de vue ? je vous laisse deviner et retrouver ! Voyez comment le photographe cisaille littéralement son image par la verticale de la Tour qui vient toucher le haut du cadre. Ici, il est bien question de dire sa puissance et sa radicalité.





Voici toujours d'Albert Monier chez le même éditeur, cet autre point de vue spectaculaire ! Le soleil vient taper dans le monolithe, vient le saluer. Tout tourne au brun sombre contre le ciel bleu de Paris. Les obliques pourtant légères appuient la monumentalité et la sensation de vertige du photographe au pied de la tour. Superbe photographie et maintenant, superbe document historique de ce qu'était la Tour Montparnasse pour son épiderme trop bronzé. C'est cette peau qui sera arrachée.





































Pour finir avec Albert Monier, une carte au cadrage plus attendue, surtout par son premier plan fleuri. On aimera être aussi prêt de la façade et de bien lire le beau dessin de son profil :






































Retournons sur le sol, Boulevard Montparnasse, grâce à un autre grand photographe de cartes postales : J.E. Pinet (écrivez-moi !)
Ici, la Tour Montparnasse est mise en relation directe avec les façades du Paris Éternel et il ne fait aucun doute que Monsieur Pinet joue avec ce contraste tout en ne prenant pas une position trop appuyée. Il se met dans l'ombre et cadre la ville à la hauteur du piéton. Un très beau document sur les rues de Paris et leur Modernité. D'ailleurs, on pourrait même trouver la tour, ici, peu audacieuse dans sa verticalité.




























Toujours depuis la rue, voici notre belle Tour qui se dresse. Là aussi, le soleil en efface une partie de la façade en tapant dessus. L'éditeur et son photographe inconnu nous offrent ici un hymne à la verticalité que tout, même le lampadaire, accentue. On pourra aussi ici, garder en mémoire la qualité exceptionnelle de cette couleur ambrée qui chante aussi dans la Ford garée au pied.





































Toujours par la verticale, toujours imposant sa masse, son trou noir, voici que les éditions Image'in éditions nous offrent aussi la tour Montparnasse, écrasant le sol de Paris que l'éditeur inscrit sur la carte comme pour bien affirmer que nous y sommes ! L'édition ajoute un peu de noir au tirage et durcit sa couleur mais on aime ça ! Un cadre noir finira la sensation de dureté pour une carte postale d'un grand chic.





































Et si nous entrions ? Et si nous venions voir Paris ? Cette carte postale Cap-Théojac nous montre ce lieu d'un chic tout parisien et nous indique que le restaurant du 56ème étage est ouvert jusqu'à 2 heures du matin ! Les rendez-vous ici devaient donner de la hauteur aux relations naissantes... Bientôt, on ira voir des salades pousser. Une autre époque.






Je vous donne aussi le très bel article de Dominique Amouroux sur la Tour Montparnasse paru dans son guide d'architecture contemporaine en France :




samedi 2 décembre 2017

D'écrire sur l'architecture

Il y a bien longtemps, j'ai commencé cette collection de cartes postales en cherchant tout particulièrement les cartes postales sur lesquelles les expéditeurs faisaient des annotations ou des signes divers comme des croix, des cercles, des flèches pour indiquer quelque chose ou simplement se situer.
Se situer...
Dans une image photographique, pouvoir projeter sa propre vie ou au moins l'expérience d'un instant, pouvoir signaler à l'autre un état de l'espace de l'image qui fut nôtre ou le moment d'une correspondance, marquer l'image pour la particulariser et la dégager du commun de l'édition, tout cela me fascine. Il s'agit toujours pour celui qui s'inscrit là de fonder une complicité avec le lieu, son image et donc sa représentation mais aussi celui qui reçoit et qui doit saisir à la fois le signe lui-même mais aussi ce qu'il précise. La difficulté étant toujours pour le signe, tout en marquant l'endroit, de ne pas le recouvrir !
Voici deux exemples dont un premier bien spectaculaire en ce sens :



D'abord il ne sera pas difficile d'admirer la superbe architecture de ces H.B.M 212 de Germain Dorel dont l'uniformité de l'héliogravure en un seul ton ne rend pas hommage à la polychromie de ses matériaux tout en accentuant les volumes et la belle perspective. Vous trouverez si facilement des infos sur cet ensemble maintenant inscrit à l'inventaire des Monuments Historiques que je ne vous ferai pas l'article !

Allez ici :
https://www.tourisme93.com/document.php?pagendx=865
ou encore ici :
http://www.atlas-patrimoine93.fr/pg-html/bases_doc/inventaire/fiche-mh.php?idfic=007p07

Ce qui nous intéresse c'est bien comment sur cette carte postale Cim, le ou la correspondante qui écrit à ses parents réussit l'exploit de raconter son changement de logement et d'en détailler toutes les fonctions ! On notera le soin extrême à écrire hors de la façade en rejetant dans le ciel ou sur la chaussée les inscriptions reprises par des petits points et des flèches signalant les fenêtres ou les balcons !



























Il est, je le redis, assez rare finalement que des correspondants donnent leur avis ou leurs impressions sur leur lieu d'habitat comme si l'image comblait à elle seule ce besoin. Ici, non seulement le correspondant écrit sur l'image mais remplit aussi le dos de la carte postale de précisions sur ce déménagement. La carte est datée du 20 avril 1937, l'ensemble H.B.M. est donc tout récent encore.



" Nous venons de chercher Paris-Soir, et regardant les cartes postales, je vous envoie en même temps, que réponse à votre lettre, la vue de notre nouveau logement, vous comparerez avec la carte envoyée au mois d'octobre dernier, qui vous donnait la vue côté de la route, tandis que celle-ci donne sur les jardins, ce n'est qu'à titre d'indication car beaucoup de volets sont clos, c'était avant de prendre possession des immeubles. Nous sommes bien et pas haut. Je vous mets le détail de l'installation au recto et vous joins en même temps le reste de la correspondance."

Je vous conseille d'aller lire le Paris-Soir en question ici ! Magie de l'internet !
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k76416092/f1.item
On notera que le correspondant est observateur car il affirme que le photographe des éditions Combier est venu avant la livraison des appartements en s'appuyant sur le détail des volets tous ouverts. Pourtant il y a bien là quelques fenêtres ouvertes également et même des rideaux... On note également que ne pas être trop haut est encore considéré comme une chance. Sur l'image, drôlerie de l'indication des poubelles, certainement pour souligner leur distance avec le nouvel appartement. On note également les lieux de rassemblements ! Un tel document est bien entendu une richesse que les inscriptions ne viennent pas perturber mais au contraire enrichir d'un mode de perception et de réception de l'architecture. On comprend même que, dans ce cas précis, l'achat et donc le désir de représentation dans l'image furent spontanés car associés à l'achat du journal. L'image fait envie et donne l'idée de correspondre en quelque sorte.
Tout autre exemple d'inscription, tout autre architecture :


Cette carte postale des éditions SL nous montre la ville de Port-Barcarès en cours de construction. Ce qui en fait l'intérêt c'est bien que l'éditeur a cru bon d'indiquer aux acheteurs l'ensemble des nominations des lieux. On pourrait y voir une sorte de guide touristique, de moyen simple pour le touriste perdu dans ce paysage tout neuf à reconnaître les lieux ! D'ailleurs il est aussi intéressant soudain de se rendre compte qu'une ville naissante a besoin de ce nominalisme comme si, ainsi titrés, les constructions et bâtiments trouvaient une légitimité ou, au moins, une familiarité nouvelle. L'alignement des noms, leur choix très largement tourné vers l'esprit maritime et balnéaire forment un poème assez drôle : les argonautes, les barbecues, le soleil levant, le centre commercial, les sirènes, les cabestans, la sardane, les totems. Sans aucun doute que Georges Perec et Jules Verne se seraient emparés de cette liste pour l'intégrer dans une intrigue littéraire. Mais l'autre particularité c'est bien que l'éditeur use d'un procédé normalement attribué aux correspondants eux-mêmes marquant au stylo-bille leur lieu de séjour. C'est bien un ready-made au sens premier du terme que nous avons sous les yeux. Ajoutons que cela, bien entendu, nous permet de percevoir les règles d'urbanisme de cette ville nouvelles ou les îlots sont posés les uns à côtés des autres, affichant chacun un design architectural différent, offrant encore des étendues vides, sortes de déserts entre les lotissements, des vides qui seront bien vite comblés par les promoteurs.


retrouvez ce lieu plus précisément ici : http://archipostalecarte.blogspot.fr/2013/07/pop-port.html

pour retrouver Georges Candilis, allez là : http://archipostalecarte.blogspot.fr/search?q=candilis

























Déjà historique, ce point de vue nous permet de voir des constructions depuis longtemps disparues, un état de la ville où elle était pionnière, où le vacancier devait avoir l'impression de voir naître un monde aujourd'hui toujours debout ou ignoré, voire méprisé comme si le premier âge de la ville de Port-Barcarès n'avait de toute façon comme vocation de n'être qu'un état éphémère.
On sera donc passé de d'écrire la carte postale à écrire la carte postale par elle-même. C'est je crois le signe d'un état de la civilisation.
Ouh la ! Cette conclusion est peut-être un peu ambitieuse !